Post n°45 Pré-papa

Où Fiamoa essaie de comprendre pourquoi il n'arrive pas à écrire, où il parle de ses peurs et où il ne dit pas que les Golems ont été conçus pour protéger les hommes

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Photo sans titre de Bollepret.

Non, non, non je n'y arrive pas, je n'y arrive pas

Un problème ?

Je n'arrive pas à écrire, je coince : ça faisait un certain temps que je repoussais l'idée d'ouvrir mon traitement de texte : j'ai commencé par aller sur le net et éplucher tous les trucs que j'ai l'habitude de regarder : des trucs sur la pédagogie pour avoir l'impression de travailler, puis le site du Monde, puis celui de Rue89, puis Libé, puis Lequipe.fr pour finir sur des pages à la con proposant de répertorier les 32 femmes les plus sexys du monde (mis à part Beyoncé, que des blanches, pas Shakira Rihanna, Jessica Alba ou Lupita Nyong'o, bref, sans intérêt). Après avoir éclusé tout ça et résistant fièrement à ouvrir une partie de démineur, j'ai enfin réussi à ouvrir mon traitement de texte, prêt à écrire un projet de recherche pour candidater à un poste et... je me suis retrouvé incapable d'écrire la moindre ligne, comme si j'avais un soudain blocage...

Elle: Bon, ça peut arriver ça, c'est juste que tu sais pas par quoi commencer...

Oh si ce n'était que ça, mais comme vous pouvez vous en apercevoir, même pour le blog, je n'ai pas écrit de post depuis deux semaines, et, pour ce qui est de mon roman que j'essaie de reprendre, c'est pareil, je coince, je n’arrive pas à m'y mettre

Elle: Tu penses donc que tu fais un blocage sur l'écriture en ce moment ?

Oui, tout à fait

Elle: Et à quoi est-ce dû ?

Aucune idée, c'est juste que ça coince

Elle: Si tu veux trouver une solution, il faut que tu arrives à identifier le problème... Tiens peut-être qu'en parlant des récents événements de ta vie, tu trouveras un truc...

Mouais

Elle: Vas y raconte ce qui s'est passé ces dernières semaines...

Ba j'ai été en stage...

Elle: Et comment ça s'est passé ?

Bien, très bien même, je me suis vraiment bien amusé. Et puis le contact avec les élèves a été plutôt agréable... Essayer de les aider à développer leur intelligence, je trouve ça chouette comme boulot. Et puis j'aime bien le côté « guide » qu'a le professeur documentaliste

Elle: Guide ?

Oui guide... Il y a longtemps, pendant mon adolescence, j'ai lu une nouvelle de science fiction dans laquelle le narrateur est un prof, qui, à un moment, revient sur son parcours. Il fait alors la distinction entre deux types de professeur : celui qui guide les élèves dans les méandres de la connaissance et le professeur broc qui déverse la connaissance dans l'esprit des élèves. Le narrateur ajoutait que dans l'idéal, le professeur doit être un guide mais que, malheureusement il finit généralement par devenir un broc, faute de temps, d’énergie ou tout simplement parce qu'avec 30 élèves c'est pratiquement mission impossible. Je pense encore à cette nouvelle aujourd’hui, et, en voyant le métier de prof doc, je me dis que c'est le seul professeur qui peut encore être un guide : c'est en effet le seul prof qui n'est pas face aux élèves, mais à côté d'eux... Et ça me plaît.
Et puis, c'était chouette parce que ma superviseure me laissait les coudées franches. J'ai même réussi à organiser une séquence de recherche sur les langues du monde: les élèves étaient répartis par groupe de 4 et ils avaient un questionnaire à remplir en cherchant sur internet/ en interrogeant leur camarade. Une fois le questionnaire rempli, ils devaient faire un power point et le présenter devant leurs camarades. J'aime cette façon d'enseigner, où c'est l'élève qui devient acteur de son propre savoir. Moi j'étais juste à côté pour les orienter dans leur recherches ou dans leur manipulation des outils, les élèves m'appelant quand ils avaient besoin de moi. Bon, bien sur, si c'était à refaire, j'améliorerai certains trucs, notamment les questionnaires, et je prendrais bien le temps de vérifier chaque présentation avant qu'ils ne la présentent aux autres élèves en se faisant reprendre devant tout le monde parce qu’ils disent des trucs erronés.

Elle: C'est bien que tu aies trouvé quelque chose qui te plaise... Du coup ça peut peut-être expliqué ta difficulté à faire ton projet de recherche pour candidater dans une fac...

Oui ça signifierai juste que dans le fond, je n'ai pas envie de rentrer à la fac... J'y ai pensé, c'est plutôt crédible, le problème c'est que ça n'explique pas pourquoi je bloque dans l'écriture du blog ou dans celui de mon roman...

Elle: Oui, tu as raison... Est ce qui t'es arrivé autre choses ces dernières semaines mis à part ce stage ?

Non...

L'Autre: Mytho !

Quoi mytho ?

L'Autre: Attends, il y a une photo qui circule sur Facebook en ce moment

Quelle photo ?

L'Autre: Fais pas genre tus ais pas de quoi je parle : une où on voit le ventre de ta nana et sur lequel il y a une barre de chargement où c'est marqué Loading 33%
Elle: Sérieux ? Tu vas être...

Papa, oui...

Elle: Ça a pas l'air de te faire spécialement plaisir...

Oh si, ça me fait extrêmement plaisir, mais bon, j'ai pas trop envie d'en parler

Elle: Aha, je sens qu'on tient un truc

Comment ça ?

Elle: Attends il se passe un truc incroyable dans ta vie, probablement la chose la plus importante depuis ta naissance et t'as pas envie d'en parler, et, comme par hasard, concomitamment à ça, tu n'arrives pas à écrire ! Il y a pas besoin d'être psy pour faire l'hypothèse qu'il y a un lien entre les deux

Euh, oui peut être...

Elle: As tu une idée de pourquoi tu n'as pas envie d'en parler ?

Oui

Elle: Et c'est ?

...

Elle: Vas y, peut être que d'en parler ça t'aidera à te libérer...

Bon... en fait ma femme n'en est pas à sa première grossesse

En septembre elle a fait une fausse couche

Elle: Ah mince... Ça faisait combien de semaines ?

Huit...

Elle: Et là on en est à combien ? 13 ?

Non 15

Elle: Et quel lien fais-tu avec le fait de ne pouvoir parler de cette grossesse ?

Tu as déjà deviné

Elle: Oui, mais j'aimerais te l'entendre dire...

Ba de parler de la grossesse actuelle, c'est rendre le bébé plus réel, plus vivant... Et j'ai peur de trop investir et qu'il y ait un problème, comme la dernière fois...

Elle: Une fausse couche ?

Oui, ou une naissance trop prématurée, ou un bébé mort-né, ou une mort subite du nourrisson

Elle: Et tu crois que de ne pas en parler ça empêchera ça ?

Non, mais je me dis juste que ce sera plus facile en ayant limité l'investissement langagier... je ne sais pas trop comment le dire, mais disons que si je dis que j'attends un enfant à plein de gens, ba ce sera plus dur si ça ne fonctionne pas. Oh bien sûr je sais que c'est débile... je sais que de toute manière si ça devait arriver, je serai tout autant dévasté... Tu vois, à la base je voulais faire un post de blog rigolo dans lequel mon enfant viendrait du futur pour me parler et me demander ce que je ressens d'attendre un enfant. J'allais le faire et je me suis dit : et si y a un truc qui cloche et que cet enfant n'existe pas dans l'avenir ? Ça m'a bloqué.

Elle: Donc en gros tu t'empêches d'investir dans cet enfant, parce que tu as peur de ne jamais le connaître ?

Ouais, en fait c'est ça. Enfin, je sais que j'investirai beaucoup plus quand je connaîtrais son sexe ou que je pourrai le sentir. Et encore plus quand il sera dans mes bras... Mais pour l'instant, j'ai la trouille pas possible de me faire des fausses illusions

L'Autre: Si je puis me permettre : en fait tu n'as pas peur de devenir papa : tu as peur de ne pas devenir papa

C'est un peu ça ouais... Disons que j'ai à la fois peur de devenir papa et de ne pas le devenir, mais ce sont deux peurs différentes : la première est tout à fait rationnelle : je sais que je vais galérer au début, que ça va être très compliqué quand il ne fera pas ses nuits, que par moment je serai désespéré, désemparé, et du coup, je redoute un peu ça... En même temps je sais que je vais vivre tout un tas de PMM : Putain de Moments Magiques. Enfin bref, je sais qu’émotionnellement ça va être extrêmement riche, et j'ai hâte de le vivre. La deuxième peur est beaucoup moins rationnelle : c'est une terreur horrible, un truc qui je sais que si ça arrive, il n'y aura aucun moment magique pour compenser...

Elle: Cette deuxième peur ne me paraît pas irrationnelle, bien au contraire : c'est normal de s'inquiéter pour ses enfants, et, d’ailleurs, si tu crois que ça va s'arrêter à la naissance, à mon avis tu te trompes : ça va ne faire qu'augmenter :et s'il tombe dans les escaliers ? Et si c'est pas un rhume mais une grippe H1N1 ? Et ses vaccins, ils sont à jour ses vaccins ? Et si maintenant qu'il a le permis,il lui arrivait un accident ? Bref, ça ne fait que commencer

Ah merde... T'as raison!

Elle: Je pense que c'est totalement normal mais je pense qu'à un moment il faut savoir faire un pari

Lequel ?

Elle: Ba que tout se passe bien et qu'il meure vieux et heureux. Sans ça, tu risques soit de ne pas investir en lui, ce qui serait terrible pour son développement affectif et pour le tien, soit de le sur-protéger, ce qui serait certes moins grave, mais néanmoins dangereux pour son épanouissement

C'est pas faux... Du coup, tu penses que je devrais m'investir plus vis-à-vis de lui ?

Elle: Je ne sais pas, je pense que tant que ça n'a pas d’importance pour lui (c’est-à-dire tant que tu ne peux pas avoir d'interaction avec lui), ce n'est pas bien grave. Mais peut-être que pour toi c'est problématique de ne pas t'investir

Comment ça ?

Elle: Ba comme je dis, c'est un super moment dans ta vie, c'est dommage que tu ne puisses pas en profiter. Et puis, comme tu le dis, s'il y a un problème, tu seras de toute manière dévasté. Alors autant faire le pari que ça marche et en profiter.
L'Autre: Bon c'est bien beau ce que tu dis mais je ne vois plus trop le rapport avec l'écriture là...
Elle: Moi je crois qu'on est en plein dedans. Fiam, un avis ?

Oui, en fait peut-être que de dire le problème, c'est l'étape par laquelle je suis obligé de passer pour que ça se débloque : car jusque là je ne me sentais pas à l'aise avec l’écriture, justement à cause de cette chose dont je devais parler et que je n'arrivais pas à faire. En en parlant je me libère d'un poids et peux me concentrer sur le reste. C'est vrai que la je me sens mieux. Bon, je suis pas sûr que ça règle le problème de candidature : je crois que je veux davantage devenir professeur documentaliste que maître de conf.

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