Post n°56 Le monde ou rien

Où Fiamoa a un petit coup de mou

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Yaha j'ai (presque) eu un boulot !

Elle : Yeah bravo ! Quel boulot ?

Prof de français

Elle : Cool, où ça ?

Ah ça, on sait pas encore : j'ai passé un entretien pour enseigner les lettres classiques (soit français, latin et peut être grec) au collège dans l'académie de Créteil...Ils m'ont dit que je leur avais fait bonne impression et que c'était bon... Le truc c'est que maintenant j'attends que le rectorat m'appelle pour me proposer un poste de contractuel quelque part pas trop loin de chez moi

Elle : Et ça peut durer longtemps cette attente ?

Ba j'espère avoir un truc pour la rentrée des vacances

Elle : Et ça serait des contrats de combien de temps ?

En fait, comme ce sont des remplacements c'est variable : ça peut être entre quelques semaines et toute l'année

Elle : Bon ba c'est super, t'es content ?

Ouais, je le serai davantage quand j'aurai commencé, mais comme l'entretien s'est vraiment bien passé, ça m'a un peu remonter dans mon estime de moi, qui, d'un point de vue professionnelle était vraiment en train de se casser la figure.

Elle : Ah pourquoi ça ?

Ba entre les nombreuses candidatures dont personnes n'a même accusé réception, le capes foiré, les perspectives dans le domaine de la recherche proche du zéro, les demande pour parler a des conférences scientifiques rejetées, les articles acceptés mais sous condition de tout réécrire, cest deux dernières années ont été assez désespérantes !. En fait ma seule perspective d'avenir c'était que mes productions artistiques fonctionnent (le blog, les vidéo, le roman), mais même là franchement...

Elle : Ça fonctionne pas ?

Le blog ça va encore, j'ai un certain nombre de lecteurs assidus

L'Autre : Ah ouais combien ?

Une vingtaine

L'Autre : C'est naze

Oh pas tant que ça: si j'ai des lecteurs réguliers c'est que probablement ils apprécient ce que je fais, et de me dire que mon travail peut être apprécié par des gens, même peu nombreux, c'est déjà énorme

Elle : Et le roman ?

Aucune nouvelle des éditeurs, donc pour l’instant les lecteurs qui apprécient mes qualités de romancier sont assez limités

Elle : Et les vidéos ?

Euh, là je t'avoue que pour l’instant c'est pas ça, ce qui me désespère un peu, parce que bon, si je crée, c'est pour partager avec des gens, même peu nombreux

Elle : T'as pas l'air très convaincu par ce que tu dis là

Oui, en disant ça, je pense qu'en fait je me voile la face... ce que je cherche c'est pas un public : c’est de la reconnaissance par un public... Tu vois, d'avoir un public régulier pour le blog ba ça m'indique qu'il y a des gens qui reconnaissent la qualité de mon travail. Et dans le fond c'est ça que je recherche dans tout ce que je fais : de la reconnaissance. Et c'est pour ça que mon entretien m'a beaucoup touché : les gens en face ont reconnu que ma manière de voir les choses dans l'enseignement était une bonne manière de faire

Elle : Tu peux être plus précis dans ce que tu entends par reconnaissance ? Tu veux qu'on reconnaisse quoi ? Ton existence, le travail que tu fournis ?

Ma valeur

Elle : C'est à dire ?

Je sais pas moi, tu m'emmerdes avec tes questions

Elle : Non, non n'essaie pas de te défiler, qu'est ce que tu entends pas « ta valeur » ?

Mon... Mon intelligence

Elle : Je crois que tout le monde reconnaît que tu es quelqu'un d'intelligent...

Oui mais je veux plus, en fait, je crois que je poursuis une chimère :je veux qu'on me perçoive tel que j'aimerais me percevoir : un génie, un mec capable de marquer son temps

L'Autre : Ouais en gros t'as une self estime démesurée et en même temps un manque criant de confiance en toi

Hein ?

L'Autre : Ba tu te prends pas pour de la merde : tu aimerais qu'on te prenne pour un génie mais en même temps t'as besoin du regard des autres pour te persuader de la chose...

Je pense que les deux sont liés... en fait, je me suis toujours défini comme plus intelligent que la personne en face de moi, ce qui est débile, mais j'ai grandi en me persuadant de cela, peut être parce que justement, étant pas populaire, mal dans ma peau etc, je me suis construit cette vision de moi pour éviter de sombrer dans la dépression la plus totale : je me répétai dans mon fort intérieur « ah vous vous foutez de ma gueule, mais vous allez voir, avec mon intelligence, j’atteindrai des sommets quand vous vous serez des misérables ramasseur de crottes »

L'Autre : Oula, c'est un peu violent comme vision

Oui, ça l'est, mais c'est ce que j'ai trouvé pour survivre à mon adolescence... Y en a qui s'inventent des mondes imaginaires, moi je m'inventai une vie imaginaire... le problème c'est que cette vision est devenue mon mode de protection face à l'absence d'estime que je peux avoir de moi (en l’occurrence ici, causé non pas par l'adolescence mais par le fait que je ne trouve pas de boulot) : je me persuade que je suis le meilleur et qu'un jour mon talent explosera. Le truc c'est qu'une part de moi se rend compte que, même si je suis plus intelligent que la moyenne, je suis pas Victor Hugo... Du coup on a un problème entre la vision de moi que j'ai érigée comme protection et la réalité, alors, je peux lutter contre la réalité si j'ai des éléments, aussi minimes soient-ils, qui me permettent d'entretenir mon fantasme, mais s'il n'y en a pas, si je n'ai rien à opposer à la réalité, mon fantasme s'écroule et j'ai l'impression d'être qu'un pauvre type

Elle : Mais cela dit tu as plein d'amis, une femme qui t'aime, tu n'es pas un pauvre type putain !

Non, là je te parle professionnellement. Au niveau social, ça, va, je suis beaucoup plus apaisé. Et heureusement que je suis entouré de gens formidables, (et qui me renvoient une image flatteuse de moi) sans ça, tout se serait effondré bien avant !

Elle : Et si tu trouvais un boulot qui te plaît, tu aurais encore besoin de cette vision de toi ?

Non parce j'utilise cette vision pour me protéger. Mais le jour où j'aurais un travail dans lequel j'aurais l’impression de faire du bon boulot et d'être utile, je n'aurais plus besoin de cette protection.

L'Autre : Ah ouais, c'est comme moi avec les filles

?

L'Autre : Oui, quand j'étais au lycée, célibataire et déprimé face à cet état, je bavais sur la plus belle fille du lycée (elle s'appelait Céline), mais, un beau jour, je suis sorti avec Mélanie, qui était pas mal mais bon c'était pas celle dont je rêvais. Et puis, je suis tombée amoureux de Mel, et d'un seul coup, l'envie de séduire Céline s'est réduite à peau de chagrin...
Elle : Enfin, ça t'a pas empêché de sortir avec elle finalement
L'Autre : Si mais bon, c'était parce qu'elle s'est jeté dans mes bras hein, si elle ne l'avait pas fait, ça m'aurait été égal !

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