Post n°59 Princess Disney2

Où Fiamoa essaie de trouver les différences entre les princesses des années 90 et celles des années 10

Où en étais-je ?

Elle : Tu voulais essayer de trouver les caractéristiques des princesses Disney des années 90 et celles des années 10.

Ah oui ! En fait, je pense que les années 90 peuvent être considérée comme une période de transition, où les princesses gagnent de plus en plus d'autonomie. Regardons un peu les princesses en question. L'Autre tu peux me rappeler le nom des princesses par ordre d'apparition stp ?

L'Autre : Pourquoi moi ?
Elle : Parce que t'as la liste dans ta main, banane.
L'Autre : Ah... Bon, Ariel

Ariel est une princesse assez basique : ce qu'elle veut c'est juste épouser le prince. La différence est que là, elle commence à agir de son propre chef (elle vit de vraies aventures qu'elle est allée chercher d'elle-même) et se rebelle contre l'ordre établi incarné par son papa. Donc, déjà, on commence à avoir une fille un peu plus indépendante...

L'Autre : Belle

Alors, Belle a un caractère plus trempé que sa prédécesseure : elle, refuse d'épouser le beau gosse du village, rêve d’aventure et s'habille basiquement, sans chercher à être belle (bon, sur ce point, c'était aussi le cas d'Ariel). Là on a une jeune femme forte qui ne se laisse pas marcher sur les pieds par les garçons. Sauf que quand même, il y a un petit problème avec ce film : la fille tombe amoureuse de son acariâtre geôlier. Et du coup, je trouve pas que le message soit très féministe : en gros, bon vous prenez une fille avec un fort caractère, vous la mettez dans un château avec un monstre et paf elle tombe amoureuse du monstre.

Elle : Exactement ! Ça dit plus ou moins : peu importe vos défauts : domptez la belle et elle deviendra votre femme.

C'est un peu exagéré mais c'est ça. Et puis par ailleurs, il y a toujours un moment où elle se fait sauver par le prince hein...

L'Autre : Jasmine

Alors, Jasmine, pareil, a un caractère bien trempée, refuse les prétendants et se rebelle contre l'ordre établie. Mais finalement, elle n'a pas d'action très à elle, et n'attend que de se faire sauver par son prince charmant. En plus, elle se fait baratiner pendant tout le film mais à l'air de s'en fiche royalement...
Bon, c'est encore une fois embêtant, mais déjà on commence à voir apparaître des femmes fortes, qui commencent à se rebeller, c'est pas parfait, mais par rapport à Cendrillon, y a du mieux Et ce n'est qu'à partir de là qu'on commence à avoir des filles vraiment libres...

L'Autre : …
Elle : C'est à toi frangin...
L'Autre : Pocahontas

Pocahontas chante la liberté qu'elle a (la où Belle chantait sa soif de liberté...). C'est elle qui sauve le héros etc. Bref, on a une vraie héroïne avec un caractère bien à elle qui, comme les précédentes, se propose de choisir l'homme qu'elle aime (en fait tous les films des années 90 ou presque montre ce message : je veux choisir celui qui me plaît et ne pas avoir un mari imposé) D’ailleurs c'est la première qui ne finit pas l'histoire au bras du prince. Je pense que c'est la première héroïne vraiment féministe.

L'Autre : Mulan

Et puis arrive l’extraordinaire Mulan, dont j'ai parlé plus tôt.
Mais on voit bien que tout au long de la décennies, les filles prennent de plus en plus de pouvoir, d'importance et de liberté. Ainsi, au début de la décennie, si elles commencent à ruer dans les brancards, elles sont clairement dépendante du prince dans la réussite de leurs actions et les films posent un certain nombre de problème au niveau du message véhiculé (du type c'est l'amour qui vous fait devenir libre, ou encore le mec peut mal se comporter avec vous, à la fin vous tombez amoureuses de lui etc). Les deux films de la fin de la décennie en revanche montre des femmes beaucoup plus libres et indépendantes, qui n'ont plus vraiment besoin de l'aide du prince. Elles en arrivent même à vaincre au combat le héros (Nala étant la première, puis Mulan le fait). Mulan était la dernière princesse Disney des années 90, et il faut attendre 2009

Elle : Attends une minute

Quoi ?

Elle : T'en oublies une !

Ah?

Elle : Ouais, Kida, d'Atlantide (2001) : une nana qui se bat (comme Mulan) et qui a soif d'aventure, bref une nana libre !

Oui c'est vrai, il y a Kida, une nana Rock&Roll, directement dans la continuité des films des années 90, mais qui n'est pas personnage principal. Il faudra attendre 2009 et la Princesse et la Grenouille pour avoir un personnage principal féminin... Voyons donc ce qu'il en est dans les films des années 10. Alors, autant pour les films des années 90, il me paraissait important de les traiter dans l'ordre, pour marquer l'évolution de la représentation des princesses, autant ici on peut davantage les traiter ensemble.
Un des aspects le plus important concernant les films des années 10, c'est que les filles ont arrêté de lutter contre un patriarcat oppressant (ce que faisaient toutes les princesses des années 90). Ainsi, on ne voit plus de jeunes femmes rejetant les prétendants ou voulant choisir leur mari. Dorénavant, elles préfèrent s'intéresser à autre chose, c’est-à-dire accomplir des rêves qui n'ont rien à voir avec l'amour (ouvrir un restaurant, voir la fête des lampions (que j’appellerai fête des lumières pour mes amis Lyonnais), ramener sa sœur dans le droit chemin etc). Pour qu'une telle chose soit possible (à savoir qu'il n'y ait plus besoin de lutter contre le patriarcat), il a fallu réduire le poids du patriarcat de manière à ce que la fille n'aient plus besoin de ruer dans les brancards pour agir. Le poids du patriarcat a été affaibli grâce à la réduction de la puissance et du prestige des deux figures du patriarcat les plus présentes à savoir le père et le prince :

  •  les pères ont en effet tendance à disparaître alors qu'ils étaient présents dans tous les Disney des années 90. Ainsi le père de Tiana est mort, tout comme celui d'Anna et Elsa, et Raiponce n'a pas connu le sien (du reste elle a été élevée par une mère adoptive célibataire). Il est en revanche bien présent chez Vaïana;
  • le prince, quant à lui, perd énormément de sa superbe : là ou il était beau et héroïque (cf Shang dans Mulan), il devient lambda, couard, filou, mauvais séducteur:

Elle : Ce qui est plutôt intéressant, non ?

Oui, le problème c'est que, puisqu'il n'y a plus besoin de lutter contre le patriarcat, il n'y a plus d'enjeu à montrer combien la fille est l'égale du garçon. Du coup, on s'oriente de plus en plus vers une association des sexes : c’est-à-dire que la fille ne peut accomplir sa mission qu'avec l'aide du garçon (cf Raiponce ou Anna) et le garçon qu'avec l'aide de la princesse (cf La princesse et la grenouille)

L'Autre : Ah oui et du coup, commercialement, ça permet d’intéresser les petites filles et les petits garçons

En effet

L'Autre : Et c'est grave ? Après tout l’homme et la femme sont sur un pied d'égalité quoi...

Ba il y a deux problèmes à ça. Le problème numéro 1 c'est que (mises à part peut-être Mulan et Vaïana) il n'y a aucune histoire de chez Disney où la fille accomplit l'exploit toute seule, alors que le héros qui gagne sans l'aide de la fille, il y en a des légions. Laisser gagner la fille sans l'aide du garçon aurait été l'occasion de procéder à un rééquilibrage. Mais ça, à la limite, bon pourquoi pas. Le principal problème c'est que du coup on se retrouve avec une répartition des taches : la séduction et l'empathie pour la femme et la ruse, l'exploit physique pour le garçon. Tu le sens, le cliché ?

Elle : Oui, on se retrouve plus dans le cadre d'un féminisme différentialiste, c’est-à-dire que la femme est l'égale de l'homme,mais qu'il y a des différences fondamentales entre les deux sexes.

Exactement. Le problème dans la fiction, c'est que, si les filles ont un fort caractère mais n'utilisent que la capacité de séduction et l'empathie pour réussir, ça indique juste aux petites filles qu'il n'y a qu'une seule façon d'être pour réussir dans la vie...

L'Autre : Ah ouais, effectivement. Mais, attends Elsa et Vaïana, elles accomplissent les choses toutes seules , sans l'aide du prince...

Oui, c'est effectivement une deuxième possibilité induite par la chute du patriarcat, et qui en semble être la conséquence logique : c'est qu'on n'a plus besoin des garçons, et même plus besoin de love affair d’ailleurs : on est libérée délivrée, on peut laisser tomber tous ces trucs d'être belles pour être mariée ou d'avoir besoin d'un garçon pour accomplir notre destinée.

Elle : Ouais sauf que pour Elsa, la femme sans homme, elle est dangereuse...

Oui tu as raison : finalement elle n'est pas très éloigné de toutes les méchantes qui sont des femmes fortes mais sans homme (des mal-baisées quoi) : car il y a toujours eu ça chez Disney : la femme célibataire et indépendante est dangereuse (cf Cruella, la reine dans Blanche Neige, Ursula etc.)

Elle : Donc si je comprends bien avec la chute de la représentation de sociétés patriarcales, deux possibilités s'offrent aux héroïnes : ou bien elles acceptent l'aide des hommes qui sont devenus leur égal et elles réussissent (avec, du coup, une répartition sexuée des tâches), ou bien elles n'acceptent pas leur aide et elles déviennent dangereuses
L'Autre : Oui sauf que pour Vaïana ce n'est pas le cas...

Oui mais Vaïana est particulière dans ce contexte là, puisque à nouveau, il s'agit d'une fille qui désobéit à son père ! En ce sens, on est plus proche des films des années 90, à ceci près que, cette fois, il n'y a plus de love affair... En fait c'est comme si Vaïana (et Rebelle que je n'ai pas traitée mais c'est pareil) poursuivait le chemin accompli par les filles des années 90... Comme si on s’était aperçu qu'avec les films de type « chute du patriarcat », on retrouvait certains travers combattus dans les années 90... Mais bon ça reste à creuser, il faudra voir ce que seront les prochaines princesses Disney pour mieux situer Vaïana.

Elle : Alors du coup, les films Disney, tu vas montrer lesquels à ta fille ?

Tous!

Elle : Attends, je ne comprends pas...

Tous parce que ce qu’il y a bien dans Disney, c'est que, finalement, ça propose une ribambelle de princesses différentes : des indépendantes, des soumises, des qui aiment le ménage, des qui sont garçons manqués, des qui aiment les jolies robes, des beaucoup plus roots, des blanches, des arabes (bon une arabe d'accord) des noires (bon une noire, d'accord), des asiatiques (bon une, d'accord), des rousses, des brunes, des blondes. Et c'est ça qui est cool parce que, mine de rien, ça nous dit qu'il n'y a pas une seule façon d’être princesse ou fille mais une multitude, et ça c'est chouette (bon ce qui n'empêchera pas des conversations et des déconstructions avec ma fille de temps en temps hein, c'est normal...)

PS: Pour ceux qui veulent aller plus loin, voici une série de liens qui traitent de ces questions, dont 4 viennent de l'intéressant site www.lecinemaestpolitique.fr

Sur la Reine des neiges

Sur Mulan

Sur Pocahontas

Sur Raiponce

Et puis un article du Monde sur les princesses Disney

Edit: et je suis tombé sur cette vidéo dernièrement qui ale mérite de bien présenter chaque princesse

 

 

 

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